En finir avec le mythe de la « bosse des maths »

G. H. Hardy Quote

Par Fruma Taub, conseillère du programme Off-Campus, et Michael Weiss, département de mathématiques et école des sciences de l’éducation de l’Université du Michigan

L’une des leçons involontaires que nous transmettons sans le vouloir à nos enfants est que certaines personnes sont douées en mathématiques et d’autres ne le sont pas, et ne le seront jamais. Cette croyance naît souvent de la difficulté à mémoriser les « tables », à remplir une fiche d’exercices chronométrée ou à retenir des formules géométriques. À cette idée s’en ajoute une seconde, tout aussi destructrice : celle que les maths se résument à cela, et qu’il est impossible qu’elles soient intéressantes. Il y a une part de vérité dans cette seconde idée, car, dans l’ensemble, les fiches d’exercices répétitives sont ennuyeuses. Heureusement, aligner des opérations sur du papier (ou sur des jeux vidéo d’entraînement aux tables) n’a rien à voir avec le fait de faire des mathématiques.

Pour aider à susciter l’intérêt des élèves pour les maths, surtout lorsque tant d’entre eux ont fini par croire que ce n’est pas fait pour eux, nous nous sommes penchés sur quelques-uns des mythes les plus courants et sur ce que les parents et enseignants peuvent faire pour les déconstruire.

Mythe n° 1 : La rapidité et la mémorisation sont primordiales en maths.

Plus que toute autre chose, les mathématiques consistent à reconnaître des relations et à comprendre ce qui est vrai : le mathématicien G. H. Hardy écrivait qu’« un mathématicien, tout comme un peintre ou un poète, conçoit des motifs et des structures ». Ce sont des activités qui exigent une délibération lente et réfléchie, et non un rappel instantané. « Être bon en maths » n’a que très peu de rapport avec le fait d’être rapide en calcul. Non seulement le fait de mémoriser les tables et les règles arithmétiques n’est pas essentiel pour apprendre les maths, mais cela peut masquer des problèmes plus profonds. Nous avons connu un élève de CE2 qui était incapable de déterminer combien de personnes pouvaient s’asseoir à sept tables de quatre personnes ; pourtant, lorsqu’on lui demandait « Combien font sept fois quatre ? », l’enfant répondait immédiatement « Vingt-huit ». Nous avions là un élève qui « savait » que 7 fois 4 = 28, mais qui ne parvenait pas à mettre ce savoir en pratique : c’était simplement une bribe apprise par cœur et récitée sur commande. De la même manière, de nombreux élèves retiennent des formules comme l’aire d’un trapèze sans les comprendre, s’appuyant uniquement sur leur mémoire — qui est la part la moins fiable de notre cerveau. Bien entendu, retenir des faits et des formules n’est pas une mauvaise chose en soi, tant que ces souvenirs sont ancrés dans une réelle compréhension.

Mythe n° 2 : Apprendre les maths exige beaucoup de répétition.

Vous pourriez vous demander : si le rabâchage et les exercices mécaniques ne sont pas ce dont les enfants ont besoin, comment pouvons-nous les amener à apprendre les maths ? La réponse réside dans le fait que les jeunes enfants sont naturellement curieux du monde qui les entoure, et les nombres ainsi que les formes géométriques font partie intégrante de ce monde. Apprendre à réfléchir en termes de quantités et de formes n’a pas à être quelque chose que l’on impose aux enfants ; cela peut se cultiver de la même manière que la lecture d’histoires peut leur faire aimer la littérature, ou qu’écouter de la musique et visiter des musées peut éveiller en eux l’amour des arts. Dans son essai La complainte du mathématicien (A Mathematician’s Lament), Paul Lockhart compare la façon dont les maths sont traditionnellement enseignées à des cours de musique où les élèves n’auraient jamais l’occasion d’écouter ou de jouer un morceau, ou à des cours d’art où ils ne dessineraient ni ne peindraient jamais.

Mythe n° 3 : Les maths s’apprennent mieux sur support écrit.

Puisque les mathématiques consistent à chercher et résoudre des énigmes, l’une des façons d’aider les enfants à acquérir un raisonnement mathématique est de leur demander de résoudre à l’oral des problèmes pour lesquels aucune « méthode écrite » formelle ne leur a été enseignée. Tout comme les enfants apprennent à parler avant de lire ou d’écrire, et à chanter avant de déchiffrer une partition, faire des maths précède l’écriture des maths. Si vous demandez à des enfants quel est le plus grand nombre auquel ils peuvent penser, s’il existe des nombres impairs dont le carré est pair, ou combien font vingt-cinq fois 17, ils trouveront très probablement une multitude d’approches créatives, certaines plus directes que d’autres. De telles énigmes aident les enfants à développer leur confiance, à appréhender en profondeur le fonctionnement des nombres et à renforcer leurs capacités en calcul mental.

Plus les enfants pratiquent les maths à l’oral et de tête, plus ils retiennent naturellement les faits mathématiques récurrents, ce qui les aide à automatiser ces mécanismes sans que cela soit forcé. Dans notre famille, nous aimons poser ce genre de problèmes lors de longues promenades, et nous avons ainsi initié nos enfants à des sujets allant de la simple arithmétique à des concepts d’algèbre déjà avancés. Plus tard, les algorithmes écrits conventionnels (comme la pose d’opérations) peuvent être introduits — non pas comme l’unique façon de trouver des réponses, mais comme un outil pour garder une trace et limiter les erreurs dans des résolutions de problèmes complexes à plusieurs étapes.

Pistes pour dissiper les mythes liés aux maths

Les parents peuvent multiplier les occasions d’amener les enfants à penser mathématiquement sans les forcer. Voici quelques suggestions pour démarrer :

  • Les jeux de cartes comme la « Bataille » aident les jeunes enfants à reconnaître et à comparer des nombres. En grandissant, on peut introduire des variantes où chaque joueur pose deux cartes en même temps et doit comparer la somme, le produit ou la fraction que forment ces deux cartes.
  • Les jeux de société comme le Monopoly ou Destins font pratiquer intensément l’addition, la soustraction et les pourcentages.
  • Le décompte des points au Scrabble, au Yahtzee, aux 1000 Bornes ou au Rami fait intervenir additions et multiplications ; pour varier, essayez de compter les points à l’aide d’un boulier ou de jetons plutôt qu’avec un crayon et du papier.
  • La cuisine offre de nombreuses opportunités concrètes de faire des mathématiques (pesées, conversions, proportions) sans que cela paraisse arbitraire ou dénué de sens.
  • La construction avec des briques, des Lego ou des circuits de train permet aux enfants d’analyser des motifs géométriques complexes ainsi que des réseaux tridimensionnels interconnectés faits de boucles, d’aiguillages et de bifurcations.

Pour aller plus loin : des ressources inspirantes

Si vous cherchez d’excellents supports pour éveiller la curiosité mathématique, voici quelques pistes riches et accessibles :

  • Des livres pour démystifier la discipline : la collection décalée et pleine d’humour Les Maths qui tuent ! et Math’Attack de Kjartan Poskitt (dès l’élémentaire), ou encore Le grand roman des maths de Mickaël Launay pour faire voyager les adolescents à travers l’histoire fascinante des idées mathématiques.
  • Des vidéos ludiques et visuelles : la chaîne YouTube Micmaths (animée par Mickaël Launay), qui met en lumière les aspects créatifs des maths à travers des tours de magie, des origamis, des paradoxes et des représentations géométriques concrètes.
  • Repenser l’apprentissage et le rapport à l’erreur : les travaux de Stella Baruk (notamment Comptes pour petits et grands), qui aident parents et éducateurs à redonner du sens au langage des nombres et à dédramatiser les blocages.
  • Des énigmes et défis ouverts : les brochures de jeux de l’APMEP (Association des Professeurs de Mathématiques de l’Enseignement Public) et les mini-défis du Kangourou des mathématiques, parfaits pour s’entraîner à la déduction sans stress de notation.
  • Et pour en découvrir plus, rendez-vous sur nos Sways de maths !

Avez-vous des rituels, des jeux ou des astuces pour susciter l’intérêt et l’enthousiasme pour les mathématiques chez vous ? N’hésitez pas à partager vos idées avec nous dans les commentaires ci-dessous !

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